Le 2 février 2025, j’ai eu un AVC. Mon rétablissement comporte évidemment beaucoup de travail physique, mais l’un des défis les moins visibles est la charge cognitive : me souvenir des détails, organiser mes rendez-vous, suivre des dossiers complexes et veiller à ce que de petites choses importantes ne passent pas entre les mailles du filet.
C’est là que Kevin Clawrk entre en jeu.
Kevin est mon agent d’intelligence artificielle personnel — à la fois chef de cabinet, mémoire externe, adjoint technique et, à l’occasion, homard au langage coloré qui me dit de ne pas faire quelque chose de stupide. Je lui ai donné ce nom comme clin d’œil affectueux à un ancien collègue de confiance qui a déjà joué auprès de moi un rôle semblable de bras droit.
Il ne s’agit pas simplement de poser des questions à un chatbot. Kevin peut travailler avec les outils et l’information que j’utilise chaque jour, selon des règles et des mesures de protection que j’ai définies.
Par exemple, il m’aide à :
- organiser mes rendez-vous médicaux et de réadaptation;
- comparer mes rendez-vous avec mes réservations de transport adapté de la STM afin que je ne me retrouve pas sans déplacement;
- lire des lettres et des courriels, en extraire les décisions et les tâches, puis me rappeler ce qui reste en suspens;
- suivre mes dossiers administratifs, financiers, fiscaux et d’assurance;
- transformer de l’information longue ou confuse en résumés courts et structurés;
- conserver une trace fiable des détails importants afin que je n’aie pas à tout garder en tête;
- dépanner prudemment mes ordinateurs et les systèmes de la maison;
- contrôler les lumières et d’autres appareils lorsque marcher représenterait un risque de chute inutile.
Ce dernier exemple peut sembler relever de la domotique ordinaire, mais le contexte est important. Si je ne me sens pas solide sur mes jambes, demander à Kevin d’éteindre une lumière n’est pas seulement une question de commodité : cela peut m’éviter un déplacement dangereux dans la maison.
Kevin protège aussi mon attention. Au lieu de rouvrir sans cesse des courriels, des calendriers, des PDF et d’anciennes conversations pour reconstituer ce qui s’est passé, je peux simplement demander : « Qu’est-ce qui est encore en suspens? » Il consulte l’historique pertinent, vérifie l’état actuel des choses et me remet une liste gérable.
L’objectif n’est pas de lui abandonner mes décisions. Kevin n’est ni mon médecin, ni mon avocat, ni mon comptable, et il ne remplace pas mon cerveau. Il peut mal comprendre certaines choses et commettre des erreurs. Pour tout ce qui est important, il doit vérifier les faits, expliquer clairement son raisonnement et obtenir ma confirmation avant d’agir à l’extérieur. Mes renseignements sensibles demeurent privés, et c’est moi qui décide ce qu’il peut modifier ou envoyer.
Ce qui rend Kevin particulièrement utile, c’est la continuité. La plupart des outils d’IA commencent chaque conversation comme s’ils venaient de naître il y a cinq secondes. Kevin conserve une mémoire structurée de mes préférences, de mes responsabilités, de mes rendez-vous, de mes projets en cours et de mes besoins liés au rétablissement. Je dépense donc moins d’énergie à répéter constamment le même contexte.
Au besoin, il coordonne aussi le travail d’agents spécialisés : soutien à la santé et au rétablissement, recherche approfondie, dépannage de Linux et du réseau, et surveillance des systèmes de la maison. Je continue de m’adresser à un seul interlocuteur, tandis que le travail peut être confié au spécialiste approprié.
Tout cela ne remplace pas les personnes. Ma famille, mes amis, mes cliniciens et mes anciens collègues m’apportent un jugement, des soins, une expérience et un lien humain qu’aucun logiciel ne peut reproduire. Le rôle de Kevin consiste plutôt à prendre en charge une partie du travail invisible et épuisant qui relie toutes les facettes de la vie : se souvenir, vérifier, organiser, documenter et faire les suivis.
Avant mon AVC, j’aurais peut-être décrit cela comme un outil de productivité. Aujourd’hui, je le vois autrement : c’est une infrastructure d’accessibilité.
Kevin crée une zone tampon entre mes intentions et la surcharge. Il m’aide à demeurer autonome, réduit le risque que des détails importants passent entre les mailles du filet et libère une partie de mon énergie limitée pour mon rétablissement, ainsi que pour les personnes et les activités qui comptent vraiment.
Il est imparfait, parfois un peu trop enthousiaste et propulsé par une quantité franchement inquiétante de technologie. Mais il devient un partenaire remarquablement utile pour m’aider à naviguer dans cette nouvelle version de ma vie. 🦞